Depuis sa création dans les années 80 (voir l’article Un régime pour une performance économique idéale à l’approche de l’hiver), l’Activity Based Costing a ses promoteurs et ses détracteurs…

La parution en 2006 par le CIGREF du modèle d’analyse et de benchmarking des coûts informatiques a mis un coup de projecteur certain sur cette méthode et par ricochet un coup d’accélérateur aux projets à base d’ABC. Quelques années plus tard, certains de nos confrères ont enterré l’approche, se justifiant de l’échec de nombreux projets de ce type, notamment au sein des DSI, qui étaient la cible évidente de l’étude du CIGREF.

Mais vous en conviendrez, si vouloir gagner un marathon à ma première tentative m’emmène directement à l’échec, je suis à coup sûr de courir, de faire preuve d’endurance et surtout de progresser. Alors pourquoi n’arriverait-on pas (ou plus) à bénéficier de l’apport de la méthode ABC ? Pourtant ses fondements sont simples, agiles voire même résilients dans un contexte d’actualité sanitaire et économique préoccupante.

 

Pourquoi la mode de l’Activity Based Costing est-elle passée ?

D’abord parce que c’est sa nature… La mode fonctionne avant tout grâce à ses contraires… « Quoi ?! … tu as encore un sac en tissu ? Tu ne sais pas que cet hiver c’est le sac en cuir qui est tendance ? » ou encore « Ah… [sourire gêné] tu fais encore de l’ABC ? »

Dans son Observatoire de la transformation des entreprises 2013, Solucom déplorait les trop nombreux projets qui n’ont jamais abouti. Sur cette base, ils ont conseillé de sortir de ces approches pointant :

  • Une trop grande complexité
  • Un délai long pour obtenir des résultats probants
  • Et un manque d’adaptation de l’approche ABC aux évolutions de plus en plus fréquentes d’un portefeuille de produits / services.

En résumé, après un nouvel élan au début de ce millénaire, les projets de déploiement de l’ABC/ABM sont effectivement plus rares. Et les échecs d’un certain nombre de projets lui ont (re)donné mauvaise presse.

Mais, si la peur n’éloigne pas le danger, il n’y a aucune raison de ne pas se lancer dans l’Activity Based Costing si les déclencheurs et la finalité sont cohérents avec les apports de la méthode. Rappelons-nous également que le Lean, très tendance, dans les années 90 à 2010 est, lui aussi, passé de mode et pourtant… Selon vous, Toyota (première marque automobile mondiale en 2019 avec près de 9 milliards de véhicules vendus) a-t-elle abandonné le Lean dans ses usines ?

 

Pourquoi la mode n’a évidemment pas d’importance ?

Parce que le besoin et la finalité d’un imperméable ne dépend pas de la mode mais plutôt du climat, de la saison et de la météo. Par analogie, les fondements mathématiques qui font le socle de l’Activity Based Costing sont la façon connue la plus précise pour identifier, comprendre et donc piloter les écarts de performance.

La base de l’ABC / ABM est un modèle de pilotage de la performance économique. Celui-ci s’appuie sur la modélisation de la chaine de valeur sous la forme d’activités :

  • Nécessaires à la création de valeur via les produits ou de services produits
  • Et qui consomment des ressources (main d’œuvre, matières, utilités, infrastructures, …).

Cette vérité est difficile à contredire. Mais on ne va pas se mentir, la méthode n’est pas exempte de difficultés. Et la source la plus évidente est à chercher dans les déclencheurs de ce type de projet.

Si le projet découle de la séduction habile d’un commercial, il y a fort à parier qu’il s’enlisera.

Mais l’ABC / ABM est toujours d’actualité s’il s’agit d’apporter une réponse à un dirigeant qui :

  • Souhaite connaître sa performance
  • Responsabiliser son management sur des objectifs de performance cohérents avec leur périmètre d’autonomie
  • Et rendre visible la performance pour mobiliser les équipes.

 

Pourquoi s’affranchir des modes ?

D’abord parce qu’il n’est pas nécessaire d’avoir le style iconique d’une Porsche 911 pour s’autoriser à faire fi des phénomènes de mode. Et parce que confondre pertinence situationnelle et conviction idéologique n’a jamais permis de s’améliorer. D’ailleurs, comme un écho à l’article de 2013, Solucom, alors devenu Wavestone, partageait en 2017 la conviction que l’Activity Based Costing était un levier de performance pour les DSI, rappelant au passage son apport en termes de Pilotage.

Parce qu’ensuite, à tout écueil sa solution. Les spécialistes du contrôle de gestion qui ont une expérience éprouvée de la mise en place d’approches ABC et de pilotage de la performance recensent un certain nombre de facteurs clés de succès :

RisqueFacteur clé de succès
Vouloir « boucler » 100% des coûts avec une précision horlogère helvétiqueS’attacher à mettre sous contrôle les risques d’écarts de performance les plus importants
Démultiplier la liste des activités (pour être au plus proche de la réalité)2 activités qui ont les mêmes propriétés peuvent/doivent ne faire qu’une
L’ABC c’est magique, on rentre ses coûts et on récupère des écartsL’ABC demande du temps et de l’énergie pour pouvoir en recueillir les fruits. C’est pourquoi une approche pédagogique est souvent nécessaire pour « embarquer tout le monde » et maintenir la motivation
Vouloir atteindre 100% des bénéfices escomptés à date de la mise en œuvreL’ABC est une démarche vertueuse dont les gains ne sont pas linéaires.  S’arrêter en cours de route ne pourra être que synonyme d’objectifs non atteints
Craindre de sortir la comptabilité analytique du système de gestion d’entrepriseLa comptabilité d’entreprise permet de nourrir la démarche ABC et non d’être remplacée par elle. On peut viser une simplification de la comptabilité analytique au juste nécessaire pour, en bout de chaine, une charge de comptabilisation optimisée et une meilleure fiabilité des données comptables

 

En conclusion

Comme toute mode, l’Activity Based Costing a ses cycles. Ils correspondent souvent au poids d’influenceurs qui n’ont que faire de savoir si l’approche est pertinente pour une organisation. Il n’en demeure que nous vivons effectivement la fin d’un deuxième souffle de ces principes. Mais que ceux-ci sont toujours d’actualité et reviendront tôt ou tard. C’est donc le moment ou jamais d’être précurseur d’un nouvel ABC… Jamais deux sans trois !

 

Rédigé par : Luc AUBIN