Il est souvent reproché au contrôle de gestion de ne pas avoir suffisamment évolué depuis la forte accélération de la digitalisation des entreprises. Si l’on s’en tient aux fondamentaux du métier, ce dernier reste focalisé sur la production du budget, de prévisionnels, de reporting, et l’analyse des écarts. Le contrôleur de gestion continue également à partager son temps entre les missions « régaliennes » de la Direction Financière (conformité, transferts de prix, etc.), et l’accompagnement du management et des opérationnels.

Si la mission du contrôleur de gestion reste globalement stable, le métier a en réalité grandement évolué grâce au numérique, et demande une expertise croissante dans ce domaine.

Si pour nous, la performance économique ne rime pas avec méthode infaillible à appliquer de A à Z (Voir l’article Un régime pour une performance économique idéale à l’approche de l’hiver) l’apport de processus et d’outils digitaux permettant de focaliser le contrôleur de gestion sur des tâches à forte valeur ajoutée doit être considéré par toutes les entreprises et pas seulement les multinationales ou les sociétés cotées. L’offre est vaste et l’adaptation à l’échelle de l’entreprise n’est plus nécessairement une contrainte.

 

La généralisation des EPM (Enterprise Performance Management) et des solutions de BI (Business Intelligence)

Les solutions de type EPM et de BI concernent directement le contrôle de gestion. Ces technologies sont lentes à se diffuser car elles nécessitent souvent de réécrire des processus qui ont pris des années pour atteindre leur maturité, mais les gains en matière de productivité et de fiabilisation justifient de tels investissements.

Nous vous proposons un petit tour d’horizon des principales solutions mises en œuvre et leurs apports.

 

L’EPM

Une définition simple de l’EPM est un outil servant au département Finance pour la clôture et la réalisation des budgets. Pour la clôture, un EPM permet de définir les tâches à effectuer, suivre leur progression, et facilite la collaboration. C’est également un outil puissant pour la réalisation du budget ou des rolling forecasts, qui permet de cadrer le processus, de consolider les données, et enfin de charger le résultat final dans l’outil de BI.

Quelques exemples de solutions EPM : Oracle EPM, Anaplan, SAP FC, IBM Planning Analytics…

 

Les outils de BI

Les solutions de reporting BI apportent 2 avantages significatifs. Le premier est d’extraire automatiquement la donnée des systèmes (ERP, CRM, etc.), et de la formater. Les solutions de reporting ont multiplié les connexions natives avec les solutions tierces, mais le développement d’API reste nécessaire pour les autres. Etablir des connexions avec les solutions métiers demande au contrôleur de penser la donnée différemment, et notamment d’avoir des notions en base de données. La collaboration avec les équipes IT est indispensable dans ce domaine.

Le deuxième bénéfice se trouve dans le partage de l’information. La donnée devient plus accessible, les utilisateurs gagnent en autonomie en ayant la possibilité d’analyser en partie les données par eux-mêmes. Dans ce contexte, le contrôleur de gestion prépare des tableaux prévus à des audiences ciblées. Ces derniers doivent acquérir une connaissance accrue dans la gestion des droits des utilisateurs, afin de garantir que les informations sensibles puissent être consultées uniquement par les personnes autorisées. Sur ce sujet également, la coopération avec les équipes IT doit être renforcée.

Selon l’étude EY CFO survey 2019, les contrôleurs de gestion dépensent encore 40% de leur temps à collecter et manipuler les données. Comme nous l’avons démontré, les bénéfices pour le contrôleur du déploiement d’une solution EPM et de BI sont multiples. Ils réduisent la pénibilité et la répétitivité du métier, ils amoindrissent le risque d’erreur du aux manipulations, et favorisent la collaboration. Le temps ainsi dégagé par le contrôleur lui permet de se concentrer sur l’analyse des données, et d’apporter au management des informations plus pertinentes.

Quelques exemples de solution BI : QlikView, Microsoft Power BI, Tableau, Report One…

 

L’importance de la connaissance des solutions métiers, et du management de processus (BPM)

Toujours selon l’étude EY CFO survey 2019, seuls 30% des managers sont satisfaits de la qualité du reporting qui leur est délivrée. Afin de faire gagner les analyses en pertinence, le contrôleur de gestion doit s’assurer que la bonne information soit capturée en amont, lors de l’exécution des processus transactionnels.

Prenons l’exemple d’un centre de service client qui reçoit des centaines d’appels par jour. Le contrôleur de gestion trouvera un grand intérêt à collaborer avec le management du centre pour que chaque appel puisse être correctement qualifié dans le système. Cet échange avec le management sera facilité si le contrôleur a une bonne compréhension à la fois du processus métier, et de la solution sur laquelle il repose. Notons que le CRM doit être particulièrement bien maîtrisé, car la tendance est d’y faire reposer une part croissante des fonctions critiques de l’entreprise, comme la négociation commerciale, le service client, ou le marketing.

Et pour que tous ces outils apportent le potentiel de gains espéré, le contrôleur de gestion doit être exempt de travaux de fiabilisation des données : retraitement, regénération, création, … la gouvernance des données devient un enjeu clé ! (Voir l’article La gouvernance des données un levier de performance er de transformation des entreprises)

 

En conclusion

Le métier de contrôleur de gestion a fortement évolué à l’heure de la digitalisation et ce dernier doit impérativement suivre le rythme des innovations et avoir un socle robuste de connaissances en informatique, afin de rester l’interlocuteur de référence du management pour des analyses pertinentes et chiffrées.

 

Rédigé par : Christian PHILIPPON, Melorio, partenaire de MLA Conseil